Geoffrey Pleyers, 18.01.06
Une pré-ouverture peu novatrice Un jour avant l’ouverture « officielle » du « Forum Social Mondial Polycentrique » de Bamako, bon nombre des principaux intellectuels et leaders altermondialistes français (B. Cassen J. Nickonoff, R. Petrella, G. Massiah, I. Ramonet, S. Georges,…) se sont donné rendez-vous pour une première journée de discours et de réflexion organisée par le Forum Mondial des Alternatives (présidé par Samir Amin et animé par François Houtart). S’ils ont organisé leur propre événement en dehors du FSMP officiel, ils ne resteront qu’à la première partie du Forum avant de s’envoler pour Caracas où se tiendra le second forum « polycentré » la semaine prochaine. La décentralisation du forum n’aura donc guère freiné les montants alloués aux frais de voyage de cette élite du mouvement (ce qui était pourtant l’un de ses buts annoncés). Reste à voir si elle ne creusera pas le fossé entre ces élites intellectuels et les militants d’associations moins fortunées qui ne pourront faire ces deux déplacements et manqueront une partie de la dynamique internationale.
Rassemblant près de 500 personnes dans le Palais des Congrès de Bamako, cette première journée se voulait tournée vers des « propositions concrètes ». Un réel effort afin de sortir de la dynamique unidirectionnelle qui préside habituellement à ces réunions. Après une présentation en séance plénière, dix ateliers portant sur des thèmes précis ont ainsi été organisés tout au long de la journée, ce qui a permis à chacun de prendre la parole selon les modèles des « espaces ouverts » chers aux altermondialistes (www.openspaceforum.net).
Cette première journée n’offrait cependant pas que des gages de succès de la dynamique du forum. Peu de Maliens assistaient par exemple à la réunion pourtant très en vue dans le programme du FSMP. Le très petit nombre de jeunes présents (une trentaine parmi quatre cent participants) contrastait avec une nette domination des plus de soixante ans. Le discours n’était quant à lui pas forcément très novateur, notamment dans son côté anti-impérialiste. On peut par exemple regretter à cet égard l’absence de distinction dans le « soutien à la résistance iraquienne » alors que des réunions altermondialistes antérieures avaient bien veillé à ne pas « mettre toutes les résistances à l’occupation dans le même panier », pour citer une déléguée italienne lors d’une réunion antiguerre au FSM 2005 à Porto Alegre. Bien que l’objectif était de « parvenir à des propositions concrètes », les discours qui s’y sont tenus étaient généralement loin des actions existantes et des acteurs sociaux locaux du Sud ou du Nord. Parmi de nombreux exemples, citons par exemple la proposition de créer un site général d’information alternative « qui n’existe pas pour l’instant au niveau international » sans jamais citer Indymedia qui, sans être parfait, à le mérite d’exister et d’être présent dans plus de quarante pays.
Les défis du FSMP de Bamako Le défi de ce forum est double : faire avancer la convergence des altermondialistes africains qui avaient été très divisés les années précédentes et dynamiser les acteurs altermondialistes locaux. Ils ne peuvent que relever d’un travail de longue haleine qui doit lui-même ouvrir la voie à la tenue du FSM 2007 au Kenya mais l’événement du FSMP de Bamako sera le révélateur du succès ou non de ces dynamiques. L’intérêt principal de l’événement réside dans les échanges d’expérience entre les altermondialistes maliens et leurs homologues venus des pays voisins (avec notamment d’importantes délégations togolaises ou kenyanes) et d’autres continents (essentiellement d’Europe Occidentale, mais quelques nord-américains et latino-américains étaient également présents pour cette première journée. Le forum aura lieu dans une dizaine d’endroits de la vaste ville de Bamako, ce qui ne favorisera guère la dynamique de l’événement
La délégation française devrait être la plus importante hors Afrique de l’Ouest. Parmi bien d’autres, la présence d’une vingtaine de représentants des mouvements des « sans » qui participent au réseau international « No Vox » mérite d’être soulignée. Côté belge, une vingtaine de militants ont fait le déplacement, venus notamment du Centre National de Coopération au Développement et du monde chrétien. Notons enfin le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde? qui, grâce à ces importants réseaux locaux, devrait une fois encore faire de la dette l’une des principales thématiques du FSM, comme ce fut le cas l’an dernier.
La journée de demain sera consacrée aux inscriptions puis à une marche d’ouverture qui donnera une meilleure idée de l’ampleur de la dynamique sociale locale qui accompagne ce premier Forum Social Mondial en Afrique.
Created by: madhuresh.
Last Modification: Thursday 19 of January, 2006 12:36:11 IST by madhuresh.
The original document is available at http://www.openspaceforum.net/twiki/tiki-index.php?page=GeoffreyPleyers%3ACaracasNoteJan2006